#marronnage

Exposition à la Maison du Citoyen, Fontenay-sous-Bois (mars-avril 2019).

Marronnage : nom masc, de l’espagnol cimarrón « vivant sur les cimes », emprunté aux amérindiens Arawaks et qui désigne des animaux domestiques qui retournent à l’état sauvage. Le marronnage était le nom donné à la fuite d’un esclave hors de la propriété de son maître en Amérique, aux Antilles ou dans les Mascareignes à l’époque coloniale. Le fuyard lui-même était appelé marron ou nègre marron. 

J’ai fui l’esclavage de la bureaucratie. J’ai fui l’esclavage des files d’attente dans les supermarchés. J’ai fui l’esclavage d’une petite vie bien rangée, bien polie et pas bandante du tout. J’ai fui l’esclavage de la peur: peur d’oser, peur d’essayer, peur d’échouer. J’ai fui, mon travail, ma situation, mon confort. Je me suis enfoncé dans la jungle de ma tête en quête de liberté. Dans ce monde obscure je me suis trouvé.

Chaque toile, chaque sculpture, est apparue pendant mon sommeil. J’ai noté sur un carnet les idées, les thèmes, les couleurs et leur agencement. A force le rêve s’est manifesté même en pleine journée, au détour d’une rue, lors d’un trajet en métro.

Lorsque j’étais esclave, il me fallait cacher les esprits des ancêtres sous l’apparence de la religion de mes maîtres : j’étais rasé de près et soumis, productif, et docile, et perpétuellement angoissé. Aujourd’hui les esprits peuvent se manifester librement. Je n’ai que faire du lendemain tant que je peux peindre et sculpter.

Mon Amazonie est colorée, étouffante, fantasmée, délirante. Chaque tableau est un rituel magique qui plante dans l’esprit du spectateur une graine qui vient de ma forêt. Il reviendra. Pour se promener et souffler un peu, entre deux corvées. Il reviendra. Les chaînes sont fragiles et ne tiennent qu’avec le consentement de celui qui les porte. Il reviendra. Pour créer avec moi un autre monde.